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    Conflict Trends | 2017/3

    Implication des jeunes dans la transformation du conflit en République centrafricaine

    By  12 Oct 2017
    Faustin-Archange Touadéra
    Faustin-Archange Touadéra a été élu président de la République centrafricaine en février 2016 (GALLO IMAGES/STRINGER)

    Introduction

    Depuis son indépendance de la France en 1960, la République centrafricaine a connu des épisodes intermittents de coups d’í‰tat et d’instabilité politique. Il n’y a eu qu’une seule transition pacifique du pouvoir, lorsque le président Ange Félix Patassé a été élu démocratiquement en 1993. Le conflit actuel en RCA a commencé fin 2012, lorsque le groupe rebelle armé de la Séléka a lancé plusieurs attaques contre les forces gouvernementales, entraí®nant le renversement de l’ancien président François Bozizé le 23 mars 2013. Depuis, le pays est soumis í une instabilité prolongée, principalement í Bangui et dans les régions du nord-est. Après le soulèvement de mars 2013 qui a chassé le président Bozizé du pouvoir, Michel Djotodia a été déclaré président. Cependant, son incapacité í mettre fin au conflit violent a conduit í sa chute. Le 23 janvier 2014, Catherine Samba-Panza a été déclarée chef de l’Etat de la transition. Elle a occupé ce poste jusqu’í l’élection du président Faustin-Archange Touadéra en février 2016.

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    Des soldats Français de l’Opération Sangaris prennent position í Boy-rabe í Bangui, pendant une fusillade entre les forces africaines de maintien de la paix et des combattants des milices chrétiennes anti-Balaka dans la zone (Février 2014) (GALLO IMAGES/REUTERS/LUC GNAGO)

    Depuis l’éviction de l’ancien président Bozizé, les conflits violents et les atrocités se sont intensifiés entre les rebelles de la Séléka et les groupes armés anti-Balaka. Il y a eu une prolifération de nombreux groupes rebelles armés (il y en a actuellement 14)1 qui attaquent les villages et les forces de maintien de la paix de la Mission multidimensionnelle des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA). Cependant, il y a eu quelques évolutions positives en matière de sécurité en raison de la présence de l’ancienne Mission internationale de soutien í la République centrafricaine (MISCA) dirigée par l’Afrique et du processus de médiation mené par la Communauté économique des í‰tats de l’Afrique centrale (CEEAC), la MINUSCA et les Forces armées françaises. La mission française « Opération Sangaris » a été créée en 2013. La mission a aidé la MINUSCA í maintenir la paix et l’ordre et sa présence a permis de réduire les niveaux élevés de violence. Mais la mission française n’a pas réussi í désarmer les milices qui terrorisent la population.2 La plupart des troupes françaises se sont retirées de la RCA en octobre 2016 après la fin de la mission militaire de la France. Mais quelques troupes françaises sont restées en RCA pour soutenir la MINUSCA.

    Depuis 2012, de nombreux civils ont été tués et des milliers de personnes ont été déplacées. En dépit du fait que la paix et la sécurité sont encore instables, la violence a diminué depuis la création de la MINUSCA, dont le mandat robuste date de 2014. La sécurité sur le terrain s’est améliorée, principalement dans la capitale, Bangui, mais des groupes armés menacent encore la stabilité, en particulier dans les régions de Bambari, Bangassou et Bossangoa. Il y a plus de 412 000 personnes déplacées í l’intérieur du pays et 491 000 réfugiés centrafricains3 vivent dans des camps de fortune í Bangui et dans les pays voisins. En 2015, la RCA s’est classée au premier rang des pays africains en nombre de nouveaux déplacements liés aux conflits et í la violence – par rapport í la taille de la population.4 Les affrontements récurrents entre les groupes rebelles armés dans les villes de Bambari, Ganama, Kouango, Kaga-Bandoro, Koui et Domete (au nord de la capitale) ont forcé des milliers de personnes í se réfugier dans les pays voisins. Le président Touadéra a par conséquent donné la priorité í la paix, í la sécurité et au développement í travers le pays. Les priorités du président en termes de paix et de sécurité ne se sont toutefois pas encore pleinement matérialisées en une stabilité durable et en un développement économique et elles ont eu peu d’impact sur la vie quotidienne des Centrafricains. D’une part, le départ des forces françaises de Sangaris a accentué la pression sur le gouvernement pour qu’il mette effectivement en Å“uvre les réformes nécessaires du secteur de la sécurité (RSS) et encourage les groupes armés rebelles í participer au processus de dialogue du pays. D’autre part, la poursuite des combats entre les groupes rebelles rivaux et les attaques contre les forces de maintien de la paix des Nations Unies ont sapé la perspective de paix et de stabilité en RCA.

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    Des forces de maintien de la paix de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA) patrouillent dans les rue de Bangui, la capitale (Mai 2015) (PHOTO ONU/CATIANNE TIJERINA)

    La violence et les troubles en RCA ont touché les personnes vulnérables, í savoir les femmes, les enfants et les jeunes. La plupart des jeunes sont sans emploi, ce qui en fait une cible de recrutement facile pour les groupes rebelles armés. Le taux de chômage des jeunes (pourcentage de la population active totale ayant entre 15 et 24 ans) est estimé í 12%5 alors que 75% de la population de la RCA (4,5 millions) a moins de 35 ans.6 Les jeunes en RCA ont participé au conflit, soit en tant que membres de groupes rebelles armés ou d’agents de la paix. Les jeunes jouent également un rôle important dans la négociation, l’analyse des conflits, la cohésion sociale, le dialogue national inclusif, la réconciliation, l’entrepreneuriat, la promotion de la paix et la médiation. Depuis le début du conflit, les jeunes s’impliquent dans la conception de cadres politiques locaux et nationaux pour favoriser l’inclusion des jeunes dans la consolidation de la paix et la reconstruction post-conflit.7 De nombreuses organisations de jeunesse, telle que « Bird of Peace »,8 s’efforcent d’améliorer le respect des droits de l’homme, la bonne gouvernance, l’état de droit et de renforcer les capacités par le biais de programmes d’éducation í la paix. Certaines organisations de jeunesse en RCA participent déjí í la conception, la planification et la mise en Å“uvre de programmes et d’activités pour résoudre les conflits et promouvoir la paix. Par exemple, l’ONG Prospérité, est impliquée dans les clubs de paix, le dialogue communautaire et le renforcement des capacités des jeunes. L’ONG Prospérité propose des programmes de renforcement des compétences qui encouragent les jeunes í former leurs communautés et í promouvoir l’éducation í la paix au sein de la population centrafricaine. Les organisations de jeunesse exhortent également les jeunes et les enfants soldats í quitter les groupes rebelles armés. La plupart de ces organisations sont financées par des donateurs étrangers (comme l’Organisation internationale pour les migrations, la MINUSCA, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance et le Fonds des Nations Unies pour la population), tandis que l’Union africaine et la CEEAC vont impliquer ces jeunes acteurs dans la consolidation de la paix (ou augmenter leur implication en termes de ressources). La CEEAC a récemment encouragé la participation des jeunes aux initiatives de consolidation de la paix et de transformation des conflits.

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    En République centrafricaine, la plupart des jeunes sont au chômage et constituent donc des cibles de recrutement faciles pour les groupes armés (UN PHOTO/NEKTARIOS MARKOGIANNIS)

    Transformation des conflits: l’accent mis sur la jeunesse

    En décembre 2015, le Conseil de sécurité des Nations Unies (CSNU) a adopté í l’unanimité la Résolution 2250 sur la jeunesse, la paix et la sécurité. Le CSNU a exhorté les í‰tats membres í envisager la mise en place de mécanismes permettant aux jeunes de participer de manière significative aux processus de paix et au règlement des différends.9 Les í‰tats membres ont également été encouragés í autonomiser les jeunes et í faire participer les acteurs non gouvernementaux í la lutte contre l’extrémisme violent et í la construction d’une paix et d’une sécurité durables. Les jeunes doivent donc faire partie des programmes locaux et nationaux de la jeunesse pour la consolidation et la stabilisation de la paix en RCA et doivent contribuer í la résolution des conflits et í une paix et une stabilité durables.

    Dans certains pays africains, un fort engagement des jeunes s’est avéré être un outil important dans la gestion des conflits. En République Démocratique du Congo (RDC), par exemple, la Fondation Chirezi (FOCHI) a créé les tribunaux «Baraza» (réunions pour la résolution des conflits et la médiation dans les communautés locales) pour résoudre les petits conflits et les problèmes fonciers dans les villages. FOCHI est une initiative menée í la base qui propose aux communautés et aux jeunes des interventions en matière de résolution de conflits, de médiation et d’éducation í la paix. La plupart des jeunes formés ont recours au dialogue et í la médiation pour résoudre les conflits dans leurs villages respectifs.10 Cet exemple montre combien les jeunes peuvent jouer un rôle de premier plan dans la transformation des conflits et la consolidation de la paix en RDC ou en RCA.

    Depuis la crise de 2013 en RCA, des milliers de jeunes ont rejoint des groupes rebelles armés et il y a encore des centaines d’enfants liés aux forces armées ou í des groupes armés (CAAFAG). La RCA compte l’un des plus grands nombres de CAAFAG par rapport í sa population.11 Les jeunes font donc également partie des défis sécuritaires de la RCA, qu’ils aient participé en tant qu’anciens combattants ou enfants soldats, ou qu’ils aient été touchés en tant que groupe vulnérable. Malgré le fait qu’il n’y ait pas de chiffre officiel permettant de déterminer combien de jeunes ont participé aux violences, les jeunes ont été í la fois auteurs et victimes. On suppose généralement qu’en raison de leur jeune í¢ge, les jeunes sont plus pacifiques. Mais, afin que cela puisse servir d’élément dissuasif, qu’ils aient été manipulés ou pas et contraints de rejoindre des groupes rebelles armés, ils doivent être tenus responsables des atrocités horribles commises pendant le conflit. Des programmes éducatifs destinés aux jeunes doivent être conçus pour conduire le processus de transformation. Une fois que les groupes de jeunes précédemment impliqués dans des conflits violents seront transformés et habilités í s’approprier les plans ou les programmes de transformation des conflits destinés aux jeunes, les hostilités et les tensions s’apaiseront et la réhabilitation pourra commencer. Claude Yvon Djimassina du Conseil National de la Jeunesse Centrafricaine (CNJCA ou Conseil National de la Jeunesse d’Afrique Centrale) a observé que les jeunes sont des acteurs clés dans les conflits armés du pays en raison de leur forte présence au sein des groupes rebelles armés (40%), mais ils peuvent également être des acteurs majeurs de la paix. En outre, il a fait valoir que la vulnérabilité des jeunes est due í un système éducatif déstructuré qui a conduit í une forte hausse du taux d’analphabétisme.12

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    Un soldat des Forces Armées Centrafricaines (FACA) en compagnie de jeunes í Mboki, en République centrafricaine (Avril 2009) (ENOUGH PROJECT)

    Les jeunes de la RCA sont conscients qu’un dialogue inclusif et honnête préparera la voie í une réconciliation nationale durable et ils ont joué un rôle dans la mise en place de comités de paix, de dialogue et de réconciliation dans plusieurs quartiers et districts touchés par les conflits. La plupart de ces comités ont été élargis pour devenir des organisations de jeunes ayant une vision claire des besoins spécifiques locaux en termes de résolution des conflits et de consolidation de la paix. Emmanuel Koudoubada, directeur général de l’ONG Vitalité Plus, affirme que son organisation a par exemple organisé plusieurs tables rondes pour diagnostiquer les origines et les causes du conflit et a conçu différents mécanismes de prévention et de transformation des conflits. L’ONG Vitalité Plus a mis en place 13 comités de paix dans six villes différentes í travers le pays. Ces comités de paix ont formé plus de 2860 jeunes (1467 filles et 1393 garçons) í l’éducation í la paix et í la transformation des conflits. Au total, 3210 jeunes ont été formés í des activités génératrices de revenus (mécanique, menuiserie, électricité, fabrication de briques) avec le soutien financier du Programme des Nations Unies pour le développement, de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture et des ambassades françaises et australiennes. Ces microprojets ont transformé les jeunes en artisans de la paix.13 Cependant, de nouvelles mesures doivent être prises pour renforcer la résilience, grí¢ce í des emplois de service volontaire et au mentorat des jeunes pour qu’ils deviennent autonomes, reconstruisent leur vie au sein de leurs communautés et consolident la paix. Il convient de noter qu’il y a aussi plusieurs défis í surmonter pour transformer le conflit en RCA, ce qui implique un système de justice impartial et équitable qui amènera la paix et la réconciliation dans le pays, et un programme d’autonomisation socioéconomique des jeunes qui s’attaquera au défi du chômage des jeunes.

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    Des organisations de jeunes et des comités de paix ont formé des jeunes í la menuiserie et í d’autres activités génératrices de revenus (GALLO IMAGES/REUTERS/JAMES AKENA)

    í‰tant donné que l’emploi des jeunes est vital dans la transformation des conflits et qu’il revêt une grande importance pour le gouvernement centrafricain, un programme national de travaux publics í forte intensité de main d’Å“uvre (THIMO) a été lancé par le gouvernement et financé par la Banque mondiale. Dans ce programme, les entreprises publiques emploient des jeunes indépendamment de leurs antécédents ou de leur niveau d’études. THIMO est devenu un outil important dans la lutte contre la violence et le chômage, et pour l’amélioration de la stabilité et la promotion de la cohésion sociale dans les communautés locales.14 En ce qui concerne les perspectives futures, l’ONG Vitalité Plus affirme que plusieurs activités de formation professionnelle et semi-professionnelle des jeunes doivent être menées par des partenaires (et des emplois doivent être proposés) afin qu’ils puissent participer í une paix durable, í la sécurité des personnes et í la prospérité.15 La CEEAC, qui est l’un des principaux partenaires régionaux de la RCA, forme des jeunes et des femmes í la médiation, í l’analyse et í la prévention des conflits. Cependant, la participation des jeunes í ces programmes ne suffit pas í favoriser l’intégration des jeunes et í réduire les causes de l’insécurité. Par conséquent, le gouvernement centrafricain et ses partenaires doivent investir davantage dans des programmes de reconstruction post-conflit et de développement qui favorisent la poursuite des efforts de transformation des conflits et de consolidation de la paix et les programmes de développement des jeunes et de renforcement du leadership.

    Consolidation de la paix

    Pour que le processus de consolidation de la paix soit efficace, il doit être transformateur et inclusif et créer un espace pour qu’un plus grand ensemble d’acteurs de la jeunesse puissent participer í la gouvernance et í la réhabilitation post-conflit.16 La RCA a besoin de la participation et de la volonté politique de toutes les parties prenantes pour consolider ses efforts de paix. Cependant, la volonté politique ne suffira pas í elle seule, car la stabilité du pays nécessite également une injection financière massive pour financer ses programmes de consolidation de la paix et de reconstruction post-conflit. 2,2 milliards de dollars ont été promis lors de la conférence des donateurs en novembre 2016 í Bruxelles, en Belgique, organisée pour collecter des fonds pour le Plan quinquennal national (2017-2021) pour la réhabilitation et la consolidation de la paix en République centrafricaine (RCPCA).17 La promotion de l’inclusion des jeunes a été l’un des objectifs transversaux identifiés lors de la conférence des donateurs, car il est essentiel de s’attaquer aux causes de la fragilité, des conflits et de la violence. Le RCPCA a identifié les trois piliers prioritaires í la reconstruction suivants: (1) promouvoir la paix, la sécurité et la réconciliation; (2) renouveler le contrat social entre l’Etat et la population; et (3) faciliter la reprise du secteur économique et productif. Il a été observé que la marginalisation des jeunes compromet la stabilité et la paix,18 et malgré cela, plusieurs organisations de jeunes n’étaient pas représentées í la conférence des donateurs. Le CNJCA, une organisation de jeunes de la société civile dont les objectifs sont de promouvoir les politiques nationales de la jeunesse et d’encourager les jeunes í renforcer la démocratie participative, a été impliquée dans la rédaction et l’élaboration du RCPCA, mais tous ses représentants n’étaient pas présents í la conférence des bailleurs de fonds.19 La conférence aurait pu être une plate-forme pour que les jeunes puissent soulever leurs problèmes fondamentaux et puissent prendre des mesures pour contribuer í l’élaboration de solutions pour la reconstruction, la stabilité et le développement. Mais au lieu de cela, les décisions importantes qui auraient eu un impact sur les jeunes ont été prises sans leur participation. C’est un revers qui a miné la valeur et les résultats de la conférence. Pourtant, les jeunes de la RCA ont accueilli favorablement le RCPCA et ont remercié les donateurs qui ont généreusement soutenu la RCA. Les jeunes sont toujours prêts í participer au processus de paix et de réconciliation pour atteindre une stabilité durable.20

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    Grí¢ce au programme national de travaux publics í forte intensité de main d’Å“uvre (THIMO), les entreprises publiques embauchent des jeunes, indépendamment de leurs antécédents ou de leur éducation (UN PHOTO/NEKTARIOS MARKOGIANNIS)

    Le RCPCA pourrait être négativement impacté si les jeunes ne s’approprient pas le plan de stabilisation. Ces derniers pourraient ne pas efficacement mettre en Å“uvre des programmes qu’ils n’ont ni conçus ni planifiés.21 Cependant, les jeunes ont promis leur soutien au RCPCA et cela pourrait ouvrir la voie í la paix, í la réconciliation, íla démocratie et í la cohésion sociale. Anthony Fabrice Kettemalet, fondateur de l’organisation « Bird of Peace », soutient que la conférence a été un succès et qu’elle va unir les habitants de la RCA.22 Pour que le gouvernement centrafricain et ses partenaires í la consolidation de la paix puissent élargir le plan d’implication des jeunes, ils doivent soutenir les programmes dirigés par les jeunes et leur fournir des ressources aux niveaux local et national. Ces programmes doivent garantir un accès égal aux vastes ressources du pays via des initiatives telles que l’entrepreneuriat et l’éducation des jeunes.

    La transformation socio-économique suppose que le gouvernement centrafricain investisse dans l’éducation, les soins de santé et les possibilités d’emploi. L’UA a exhorté ses Etats membres í investir dans la jeunesse pour qu’ils puissent devenir des partenaires de premier plan pour le développement au niveau continental. La Charte de la jeunesse de l’UA recommande aux í‰tats de renforcer les capacités des jeunes et des organisations de jeunesse dans les domaines de la consolidation de la paix, de la prévention des conflits et de la résolution des conflits.23 Grí¢ce í une éducation de qualité et í la formation professionnelle, les jeunes de la RCA peuvent être formés pour devenir des partenaires clés du gouvernement dans la mise en Å“uvre des programmes de consolidation de la paix. L’ONG Prospérité fait observer que les jeunes doivent être formés aux techniques de médiation et de négociation afin de pouvoir prévenir ou gérer les conflits dans leurs communautés d’origine.24 Le gouvernement doit veiller í ce que les jeunes soient un partenaire incontournable et important pour réaliser une RCA prospère, stable et sí»re, et construire une paix durable.

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    Au moyen d’une éducation de qualité et de la formation professionnelle, les jeunes peuvent acquérir les compétences nécessaires pour devenir des partenaires clés dans la mise en Å“uvre des programmes de consolidation de la paix (GALLO IMAGES/REUTERS/SIEGFRIED MODOLA)

    Une consolidation efficace de la paix nécessite une participation coordonnée de toutes les parties prenantes, y compris les femmes et les jeunes, dans un pays oí¹ la majorité des jeunes ont perdu confiance dans les institutions nationales. C’est principalement pour cette raison que les jeunes sont devenus les auteurs d’activités criminelles. De plus, les citoyens centrafricains ont exprimé leur déception quant í la capacité de la MINUSCA í assurer la protection des civils et í garantir la sécurité nationale, suite aux attaques continues de groupes rebelles armés dans différentes villes. L’insécurité continue d’être le moteur du déplacement des communautés et est une préoccupation majeure pour plus d’un demi-million de personnes déplacées internes et de réfugiés, en particulier pour les jeunes, qui ont fui leurs foyers vers d’autres régions ou se sont rendus dans les pays voisins. La poursuite du conflit en RCA est donc un facteur de déstabilisation potentiel au sein de l’Afrique centrale, car la violence peut s’aggraver au fur et í mesure que les groupes sociaux et politiques poursuivent leurs propres intérêts pour régler leurs litiges. Pour atteindre la stabilité en RCA, l’engagement des jeunes í soutenir les institutions nationales et le plan de consolidation de la paix permettra de transformer positivement le conflit.

    Conclusion

    La transformation des conflits en RCA sera un processus long, complexe et continu dans lequel toutes les parties prenantes devront être impliquées afin de s’attaquer aux causes profondes du conflit et de transformer la violence en une paix durable. Les jeunes de RCA doivent être í l’avant-garde de la consolidation de la paix et de la transformation des conflits. En tant qu’acteurs et victimes de la guerre, l’exclusion des jeunes des processus décisionnels est un facteur négatif dans la capacité du pays í sortir du conflit. Si les jeunes ne sont pas considérés comme des partenaires de la paix í autonomiser ou dans lesquels investir, l’accent mis par l’UA en 2017 sur l’exploitation du dividende démographique en investissant dans la jeunesse devient un autre slogan vide. Permettre un processus de transformation mené par les jeunes ouvrira la voie í une société pacifique et libre de tout conflit en RCA.

    L’incapacité actuelle des acteurs nationaux et internationaux í assurer et maintenir la sécurité dans toute la RCA est toujours un obstacle majeur í la consolidation de la paix – dans certaines régions, la reprise des violences a empêché le rétablissement de l’autorité de l’í‰tat et la mise en Å“uvre de programmes de consolidation de la paix. Néanmoins, le gouvernement centrafricain mérite une certaine reconnaissance pour son engagement résolu í consolider la paix et il reste déterminé í relever ces défis nationaux.

    Il est fort probable que le pays rechute dans les hostilités si les jeunes ne participent pas en jouant un rôle de premier plan dans la mise en Å“uvre du RCPCA, en tant qu’acteurs de la consolidation de la paix. Sans stabilité dans le pays, la mise en Å“uvre du RCPCA reste un idéal difficile í atteindre. Cependant, les jeunes de la RCA ont bon espoir que, s’ils adoptent la paix ou deviennent des agents de l’effort collectif global pour instaurer la paix, la stabilité et le développement peuvent encore être atteints.

    Notes

    1. Reuters (2017) ‘Central African Republic Foes Sign Church-mediated Peace Accord’, Disponible sur : <https://www.reuters.com/article/centralafrica-accord-idUSL8N1JG4Q6> [Consulté le 17 juillet 2017].
    2. AFP (2016) ‘Central African Militias Gather as French Troops Leave’, Disponible sur : <https://www.thelocal.fr/20161030/central-african-militias-gather-as-french-troops-leave> [Consulté le 5 avril 2017].
    3. Internal Displacement Monitoring Centre (2016a) ‘Central African Republic’, Disponible sur : <http://www.internal-displacement.org/countries/central-african-republic> [Consulté le 19 janvier 2017].
    4. Internal Displacement Monitoring Centre (2016b) ‘Africa Report on Internal Displacement’, Disponible sur : <http://www.internal-displacement.org/assets/publications/2016/2016-Africa-Report/20161209-IDMC-Africa-report-web-en.pdf> [Consulté le 14 janvier 2017].
    5. World Bank (2016) ‘Unemployment, Youth Total (% of Total Labor Force Ages 15–24)’, Disponible sur : <http://data.worldbank.org/indicator/SL.UEM.1524.ZS> [Consulté le 11 janvier 2017].
    6. UNFPA (2016) ‘UNSG Youth Envoy Amplifies the Voice of Youth from Central African Republic’, Disponible sur : <http://car.unfpa.org/en/node/5137> [Consulté le 3 juillet 2017]. Dans cet article, la jeunesse ou les jeunes fait référence í toute personne í¢gée de 15 í 35 ans.
    7. Kettemalet, A. Fabrice (2017) í‰change par courriels avec l’auteur le 7 février 2017.
    8. « Bird of Peace ;» est une organisation non gouvernementale pour la transformation des conflits. Son objectif est d’utiliser l’éducation pour faire progresser la paix chez les jeunes en RCA. Elle sensibilise les jeunes í la non-violence et les forme í la transformation des conflits et í la médiation.
    9. UN (2015) ‘Security Council, Unanimously Adopting Resolution 2250 (2015), Urges Member States to Increase Representation of Youth in Decision-making at All Levels’, Disponible sur : <http://www.un.org/press/en/2015/sc12149.doc.htm> [Consulté le 10 janvier 2017].
    10. Msabwamlundu, Moise (2015) Entretien avec l’auteur le 4 aoí»t. Uvira, RDC.
    11. Melton, Marissa and Solomon, Salem (2016) ‘UN: 10,000 Children Kept from School in CAR’, Voice Of America, 30 septembre, Disponible sur : <http://www.voanews.com/a/united-nations-children-kept-from-school-central-african-republic/3532706.html> [Consulté le 13 janvier 2017].
    12. Djimassina, Claude (2017) í‰change par courriels avec l’auteur le 1 février 2017.
    13. Koudoubada, Emmanuel (2017) í‰change par courriels avec l’auteur le 24 février.
    14. 14 aBangui (2016a) ‘Les Thimo pour consolider la paix et pour éradiquer la pauvreté‘, Disponible sur : <http://news.abangui.com/h/43583.html> [Consulté le 10 février 2017].
    15. Melton, Marissa and Solomon, Salem (2016) op. cit..
    16. UN (2012) ‘Report of the Secretary-General on Peacebuilding in the Aftermath of Conflict’, A/67/499– S/2012/746, 8 octobre 2012, para. 36, Disponible sur : <http://www.un.org/en/peacebuilding/pbso/pdf/SG%20report%20PB%202012.pdf> [Consulté le 13 janvier 2017].
    17. UN News Centre (2016) ‘Central African Republic: Justice and Reconciliation Key to Lasting Peace, UN Expert Says’, Disponible sur : <http://www.un.org/apps/news/story.asp?NewsID=55569#.WHV9mtJ961v> [Consulté le 14 janvier 2017].
    18. European External Action Service (2016) ‘CAR: National Recovery and Peacebuilding Plan 2017–21’, Disponible sur : <https://eeas.europa.eu/sites/eeas/files/car_main_report-a4-english-web.pdf> [Consulté le 15 janvier 2017].
    19. aBangui (2016b) ‘Centrafrique: Le Conseil National de la Jeunesse regrette son absence í la table ronde de Bruxelles‘, Disponible sur : <http://news.abangui.com/h/55863.html> [Consulté le 15 janvier 2017]. Seule la première vice-présidente, Pamela Derom, était présente.
    20. Melton, Marissa and Solomon, Salem (2016) op. cit.
    21. Il convient de noter que les partenaires internationaux avaient convenu de financer la participation des organisations de jeunes í la conférence des donateurs. Mais, les visas n’ont pas été délivrés í certains des participants ou ont été délivrés trop tard.
    22. RFI (2016) ‘Threat of Violence Looms in CAR as France’s Sangaris Op Ends’, Disponible sur t: <http://en.rfi.fr/africa/20161030-threat-violence-looms-central-african-republic-frances-sangaris-op-ends> [Consulté le 3 mars 2017].
    23. Commission de l’Union africaine (2006) ‘Charte de l’UA pour les jeunes’, Disponible sur : <http://www.un.org/en/africa/osaa/pdf/au/african_youth_charter_2006.pdf> [Consulté le 12 janvier 2017].
    24. ONG Prospérité (2017) í‰change par courriels avec l’auteur le 5 février 2017.
    25. L’auteur remercie Natacha Kunama, Prival Singh et Senzo Ngubane pour leur contribution í cet article.
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